lundi 22 septembre 2014

Air France: à J+8, le conflit se radicalise

Le président du SNPL, Jean-Louis Barber, le 17 septembre 2014 à l'aéroport Charles de Gaulle à Roissy (c) Afp

Paris (AFP) - La sortie de crise espérée lundi n'aura pas eu lieu: les pilotes d'Air France, en grève depuis huit jours, ont refusé une "ultime" proposition de la direction et ont même durci leur position sur l'avenir de la low cost du groupe, avec le soutien d'autres syndicats.
Plus de la moitié des avions de l'entreprise aérienne sont cloués au sol depuis le 15 septembre, début de la grève la plus longue menée par des pilotes depuis 1998.
Dans la matinée, le PDG du groupe AF-KLM Alexandre de Juniac pensait débloquer la situation avec une "ultime proposition": mettre en sommeil jusqu'à la fin de l'année le projet de création de nouvelles bases Transavia en Europe. Et accélérer parallèlement son développement en France.
Il croyait ainsi apaiser les craintes de "délocalisation" d'emplois français formulées par les pilotes.
Mais cette offre a été rejetée par le SNPL AF Alpa. Le syndicat majoritaire n'y a vu "qu’un écran de fumée" n'offrant "pas plus de garanties", notamment contre les risques de "dumping social" à l'intérieur du groupe. Il exige désormais le "retrait" pur et simple du "projet de Transavia Europe".
"Alexandre de Juniac a définitivement perdu la confiance des pilotes et probablement celle des autres catégories de salariés de l'entreprise", a prévenu son président Jean-Louis Barber.
Peu après, cinq syndicats représentant les diverses catégories de personnel (CGT, SNPNC-FO, Unac, Unsa et SUD-Aérien) se sont associés aux syndicats de pilotes en grève (SNPL, Spaf et Alter) pour réclamer le "retrait sans condition" du projet. Un geste rare chez Air France où les pilotes font souvent bande à part.
Le SNPL a de nouveau réclamé une intervention du Premier ministre, mais au même moment, Manuel Valls exhortait à "arrête(r) le plus vite possible" cette grève. Le secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, a déclaré à l'AFP qu'il n'y avait "plus aucune raison majeure" de poursuivre le mouvement. L’État est actionnaire de la compagnie à hauteur de près de 16%.
Visiblement désappointé par le rejet de son offre, le patron du groupe a lui aussi estimé que le conflit n'a "maintenant plus de raison d'être".
"Demandez au SNPL pourquoi il continue une grève dont les motifs ne sont ni clairs ni justifiés", a-t-il lancé devant la presse, rappelant que 1.000 emplois sont à la clé dans l'Hexagone, dont 250 pour les pilotes, si la flotte de Transavia France passe de 14 à 37 avions.
- 20 millions perdus chaque jour -
Le week-end dernier, le premier syndicat de pilotes a reconduit la grève jusqu'à vendredi, le Spaf et Alter (non représentatif) jusqu'à mercredi.
En dépit des assurances de la direction, les trois syndicats craignent que l'essor de Transavia en Europe, avec des pilotes sous contrats locaux, ne se fasse "aux dépens" des salariés français du groupe.
Pour accepter le développement de Transavia France, qu'ils disent souhaiter, les syndicats réclament un contrat unique pour les pilotes aux commandes des gros avions, quelle que soit la marque du groupe (Air France, Transavia ou Hop!). Ils veulent ainsi éviter que la low cost ne devienne la norme d'embauche pour les pilotes en tirant les conditions d'emploi et de rémunération vers le bas.
Mais M. de Juniac martèle qu'aligner les conditions d'emploi de Transavia sur celles d'Air France conduirait la low cost née en France en 2007 "à l'échec" en annulant sa marge de profitabilité, qu'il chiffre à 3%.
Ce qui a vraiment mis le feu aux poudres lundi a été la mise en garde de M. de Juniac aux pilotes en cas de refus de sa proposition.
Le PDG a en effet prévenu qu'il n'hésiterait pas à "dénoncer" l'accord conclu avec le SNPL à la création de Transavia France pour limiter la flotte de la low cost et encadrer le détachement des pilotes volontaires d'Air France(avec l'octroi de primes).
"Alexandre de Juniac essaie d'obtenir par la brutalité finalement les concessions qu'il n'arrive pas à obtenir par la concertation", a dénoncé M. Barber.
Dans le ciel, la situation est restée compliquée lundi pour les passagers, avec 42% des vols assurés en moyenne et jusqu'à 90% de vols annulés à Marseille. Pour mardi, la compagnie escompte une légère amélioration, avec 48% des vols assurés et un taux de grévistes de 57% (contre 65% lundi).
La compagnie chiffre désormais ses pertes d'exploitation "jusqu’à 20 millions d’euros par jour".

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