jeudi 2 août 2012

L’extraterrestre de Roswell nie le réchauffement climatique…


Bon. Voilà. Le jour où la vérité éclate finit toujours par arriver. Alors, même si cela m'est difficile, j'ai un aveu à vous faire. Ou plutôt une série d'aveux. Je ne peux plus me taire. J'ai sans cesse dû retarder ce moment, sous la pression de ceux qui savaient (et ils sont plus nombreux que vous le croyez) et m'obligeaient à ne rien dire. J'ai bien essayé une fois de crier la vérité mais ceux qui contrôlent tout, dont je ne peux révéler le nom, veillaient au grain et ont transformé mon texte en une bouffonnerie que personne n'a crue. Cette fois, au moins pour quelques minutes, avant que ce blog et ses archives disparaissent, vous pourrez savoir, quel que soit le prix à payer. Car il faut absolument que vous l'appreniez si vous ne vous en doutez pas encore, une conspiration de scientifiques a pris le contrôle du monde, elle nous fait croire que l'homme est allé sur la Lune, que le tabac provoque le cancer, que le sida est dû à un virus, que les extraterrestres ne viennent pas régulièrement nous voir, que les températures de la planète se réchauffent et que l'homme en est responsable... Tout cela n'est que le résultat d'une vaste, d'une ignoble conspiration.
Ce qui précède est probablement le paragraphe que certaines personnes rêveraient de me voir écrire sérieusement et je ne doute pas qu'une partie d'entre elles le sortiront de son contexte afin de triompher sur les blogs où s'exprime leur goût pour le négationnisme scientifique ou pour les conspirations globales. Tout le problème pour eux, c'est qu'il ne s'agit que d'un bout de fiction. Rien n'y est vrai, à l'exception de ce lien, précisément, entre théories du complot et rejet des résultats de la science, en particulier dans le domaine du changement climatique. Un lien que vient de mettre en évidence une équipe de l'université d'Australie-Occidentale dans une étude que publiera prochainement la revue Psychological Science.
Il n'est guère sorcier de deviner qu'une organisation comme le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ne peut qu'attirer la méfiance des partisans des thèses conspirationnistes. Par ailleurs, qu'un consensus scientifique rassemble plus de 95 % des chercheurs d'une discipline est tout aussi suspect aux yeux des complotistes, encore plus quand on sait que les grands instituts de recherche n'ont pas forcément les mêmes modèles, les mêmes jeux de données et travaillent indépendamment les uns des autres... Pour mettre en évidence le lien entre goût pour le conspirationnisme et rejet de la science, les chercheurs de l'université d'Australie-Occidentale sont allés là où ces deux concepts s'expriment le mieux, c'est-à-dire sur Internet. Ils ont fait publier un questionnaire approfondi sur huit blogs traitant du climat. Il faut noter au passage que les cinq blogs climatosceptiques auxquels ils ont proposé leur sondage ont tous refusé de collaborer..
Au total, 1 145 questionnaires complétés en intégralité ont été retenus (un seul par adresse IP) et les résultats sont assez éloquents. Celles et ceux qui ont une propension à s'approprier toute théorie complotiste sont aussi les mêmes qui vont rejeter entièrement des faits ou des consensus scientifiques. Les personnes croyant qu'un puissant groupe secret baptisé Nouvel Ordre mondial a pour but de supprimer les Etats souverains et de gouverner le monde, que les missions Apollo ne sont jamais allées sur la Lune mais ont été filmées à Hollywood, que le gouvernement américain a autorisé les attentats du 11-Septembre dans les buts, déterminés à l'avance, de faire la guerre en Afghanistan et en Irak et de limiter les libertés aux Etats-Unis, que la mort de la princesse Diana n'est pas accidentelle mais un meurtre prémédité par des membres de la famille royale britannique, que les militaires américains ont bel et bien trouvé les débris d'un engin extraterrestre à Roswell en 1947, etc, ces personnes-là ont nettement plus tendance que les autres à penser que le réchauffement climatique n'est pas une réalité, que le sida n'existe pas (ou bien qu'il n'est pas causé par le VIH) ou encore que le tabac ne provoque pas le cancer du poumon.
L'étude confirme aussi de manière très nette le clivage important, au sujet de la science climatique, entre les grands courants politiques américains, un clivage déjà mis en lumière par de nombreux sondages au fil des ans. Pour schématiser, les Républicains ont majoritairement tendance à penser que le réchauffement n'est pas scientifiquement avéré, qu'il ne s'agit donc pas d'un problème important, que les chercheurs ne sont même pas d'accord sur ses origines et que les médias en exagèrent les effets. Les Démocrates ont, en moyenne, des positions inverses et font davantage confiance aux résultats de la recherche. Dans leur livre Les marchands de doute, Naomi Oreskes et Eric Conway soulignent que les petits groupes néolibéraux qui ont semé le doute sur la réalité du réchauffement climatique (après avoir fait la même chose pour le lien tabac-cancer ou celui entre le trou de la couche d'ozone et les CFC) voient comme une menace toute découverte scientifique qui risque d'avoir pour conséquence une régulation du marché. Un articlepublié en 2008 par Environmental Politics a également montré que, sur 141 livres sur l'environnement publiés entre 1972 et 2005 avec une tonalité "sceptique", 92 fois sur 100, le ou les auteurs étaient liés à un think tank conservateur...
L'étude à paraître dans Psychological Science parvient aux mêmes conclusions, car de nombreuses questions étaient posées aux internautes sur leur conception de l'économie et du rôle que l'Etat doit y tenir. Les plus ardents partisans de l'économie libérale et du laissez-faire sont aussi ceux qui se méfient le plus de la science climatique. Finalement, on s'aperçoit que théories du complot et rejet de la science s'appuient sur un socle psychologique commun : une suspicion automatique pour la version officielle. C'est comme une opposition de principe pour ce qui, au sein de la communauté scientifique, fait consensus, surtout quand ce consensus risque de mener à une intervention de l'Etat, à une réglementation perçue comme une restriction des libertés. Pour terminer, je rappellerai que le sénateur Républicain, James Inhofe, déjà distingué sur ce blog pour avoir dit que Dieu ne permettait pas le réchauffement climatique, ne vient-il pas de publier un livre sur le sujet intitulé The Greatest Hoax (Le plus grand canular), dont le sous-titre est très clair : "Comment la conspiration du réchauffement climatique menace votre avenir" ?

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