samedi 28 juillet 2012

Les "emplois d'avenir" devraient être réservés aux jeunes non diplômés


Une agence de Pôle Emploi au Mans en septembre 2009.

A qui vont être destinés les emplois d'avenir promis par François Hollande ? Au lendemain de la publication de chiffres du chômage en forte hausse, une réunion interministérielle a eu lieu jeudi 26 juillet pour tenter de déterminer ce que seront ces 150 000 contrats aidés (100 000 prévus en 2013, 50 000 en 2014). Car selon les ministres, la vision de ce que doivent être ces "emplois jeunes" version Hollande diverge.

Une chose est déjà acquise. Les emplois d'avenir seront l'objet du premier projet de loi examiné à la reprise des travaux parlementaires début octobre. D'ici là, Matignon devra trancher entre le projet de Michel Sapin, ministre du travail et de l'emploi, qui veut qu'ils soient avant tout réservés aux jeunes les moins qualifiés, et les besoins de Vincent Peillon, le ministre de l'éducation, qui espère les utiliserpour faire du "prérecrutement" de professeurs dès la fin de la deuxième année de licence.
UN PÉRIMÈTRE EN DÉBAT
Côté ministre du travail et de l'emploi, on ne veut surtout pas que les emplois d'avenir reproduisent les effets des emplois-jeunes, trop utilisés pour recruter des diplômés du supérieur. "Il y a environ 400 000 jeunes sans aucun diplôme qui sont au chômage. C'est en priorité à ces jeunes totalement exclus du système qu'ils seront destinés", avance-t-on ainsi dans l'entourage de Michel Sapin.
Mais du côté de Vincent Peillon, on ne l'entend pas de la même façon. Et on assure qu'il y "aura deux types de contrats d'avenir : les premiers pour les jeunes sans qualification comme le souhaite Michel Sapin, les seconds pour les étudiants de licence qui veulent devenir professeur dans les académies déficitaires en candidats aux concours. Nous pourrons ainsi mener des étudiants boursiers jusqu'au concours en finançant leurs études", espère-t-on au cabinet du ministre de l'éducation, où le chiffre de 30 000 contrats destinés à cet objectif est cité.
Si Michel Sapin est prêt à faire un geste "pour les jeunes sortis du supérieur seulement s'ils sont issus des zones urbaines sensibles", il ne compte pas "lâcher" autant de contrats à l'éducation nationale. "L'essentiel des contrats sera signé dans les collectivités locales et le secteur non lucratif, pas par l'Etat", assure-t-on dans son entourage.
"Il y a un désaccord entre les deux ministres sur le nombre de contrats qui doit encore être arbitré, convient l'un des conseillers chargé de préparer les arbitrages.Mais s'il devrait bien y avoir des contrats pour assurer du prérecrutement de professeurs, ce ne sera sûrement pas 30 000, mais uniquement à la marge." A Matignon, on évoque le chiffre de 7 500 contrats concernés, soit 5 % du dispositif total.
Au cabinet de Benoît Hamon, ministre délégué à l'économie sociale et solidaire, secteur qui devrait être très concerné, on plaide aussi pour faire bénéficier les jeunes des zones rurales "qui sont aussi touchés par le chômage que ceux des zones urbaines sensibles".
La focalisation sur les jeunes non diplômés inquiète déjà l'Union de syndicats et groupements d'employeurs représentatifs dans l'économie sociale (Usgeres). "Il ne faudrait pas que tous les emplois d'avenir soient uniquement réservés à des personnes non qualifiées, sinon nous n'aurons pas la capacité d'en recruter 150 000, de les former et de les orienter vers des métiers et des secteurs porteurs", assure déjà Sébastien Darrigrand, son délégué général.
DES CONTRATS DE TROIS ANS
La durée des contrats est nettement moins sensible. Il est quasiment acté qu'ils dureront trois ans, décomposés en "années renouvelables pour permettre aux jeunes de sortir du dispositif s'ils trouvent un emploi ailleurs", explique-t-on au ministère du travail. Concrètement, ces contrats seraient une sous-catégorie des actuels contrats unique d'insertion (CUI). Pour compenser le manque de qualification de ces jeunes, une aide à la formation devrait être apportée aux employeurs, éventuellement par le biais d'un "chèque formation".
L'essentiel de ces contrats sera réservé aux collectivités locales, au secteur associatif et au secteur de l'économie sociale et solidaire, notamment les mutuelles et les coopératives qui ne pouvaient pas bénéficier des contrats aidés réservés au secteur non marchand. Des contrats d'objectifs devraient être signés avec les collectivités pour prévoir une orientation vers les secteurs les plus en besoin de recrutement, comme le sanitaire et social ou l'aide à domicile.
UN COÛT DE 1,5 MILLIARD D'EUROS PAR AN
Le gouvernement veut que le premier contrat puisse être signé dès le 1er janvier 2013. 75 % du salaire brut devrait être pris en charge par l'Etat. Le coût total pour les finances publiques n'est pas encore totalement bouclé, mais il devrait s'élever à environ 500 millions d'euros dès 2013, puis 1,5 milliard en rythme de croisière, affirme-t-on dans l'entourage de Michel Sapin, où l'on fait valoir que "c'est presque le doublement du budget actuel destiné aux contrats unique d'insertion".
Ce chiffrage laisse toutefois sceptique Eric Heyer, économiste à l'OFCE et qui a travaillé sur le coût de cette proposition de campagne de François Hollande. "En comptant les exonérations de charge au niveau au niveau du smic, le coût d'un contrat aidé pour l'Etat dépasse 17 000 euros. Pour 150 000 contrats, il faut donc plutôt compter 2,5 milliards", défend-il.

Ma liste de blogs

PARTAGER

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...