lundi 30 juillet 2012

A Marseille, les petits voyous ne font plus dans l'amateurisme

Dimanche 29 juillet, un homme de 25 ans a été abattu en plein jour à la kalachnikov dans une cité marseillaise, avec en toile de fond, le trafic de stupéfiants. Il s'agit du seixième assassinat à Marseille depuis le début de l'année 2012. Ce genre de règlement de compte spectaculaire donne à la ville l'aspect d'une jungle urbaine.


(Un extrait du film Scarface-AP SIPA)
(Un extrait du film Scarface-AP SIPA)
Salim Brahima, 25 ans, a été touché par une rafale de kalachnikov dimanche 29 juillet, un peu avant 17 heures, devant son immeuble de la cité des Lauriers dans le 13e arrondissement. L'homme, d'origine comorienne, n'était pas inconnu des services de police, puisque il aurait déjà été interpellé à dix-sept reprises pour trafic de stupéfiants. Au total, dans la cité phocéenne, une cinquantaine d'homicides ont été commis en l'espace de quatre ans, visant à chaque fois des individus plus ou moins impliqués dans le trafic de drogue. Mais surprise : ces statistiques, bien qu'élevées, ne sont pas exceptionnelles pour le banditisme marseillais et même hexagonal. En revanche, ces crimes sont de plus en plus médiatisés, notamment parce qu'ils ont changé de nature.

On oppose souvent les bandits d'honneur d'antan aux gangs actuels, évoluant quasiment dans une jungle urbaine. Et il y a du vrai dans cette opposition : le banditisme à Marseille vient désormais de cités en voie d'extrême paupérisation, gangrénées par le chômage et où l'économie informelle a pris le pas sur l'économie réelle. Le facteur aggravant, c'est que ces gangs n'ont pas de chefs et qu'il y a autant de gangs que de cités, soit environ 150. De tous côtés, chacun monte son «plan stups» (trafic de stupéfiants) et la lutte pour le territoire est permanente. D'autant que les sommes en jeu se révèlent assez impressionnantes. Selon le journaliste José D’Arrigo, co-auteur d’un livre sur Tony Zampa, l'un des derniers parrains du milieu marseillais, «les autorités estiment qu’un plan stups rapporte de 8.000 à 10.000 euros par jour dans une cité».

Par ailleurs, comme l'explique Xavier Monnier, journaliste qui prépare actuellement un livre sur le milieu marseillais, «les jeunes des cités montent en grade rapidement. En 3 mois vous pouvez passer de simple chauffeur à caïd faisant des go-fast (transports de drogue entre l'Espagne et la France dans de grosses cylindrées) et ayant son propre plan stups. Le roulement est intense et la concurrence rude. Par conséquent, les règlements de compte se multiplient car le business n'est pas structuré.»

Fantasmes

La fracture entre truands à l'ancienne et nouveaux bandits n'est malgré tout pas aussi nette que certains le prétendent. On est loin de l'amateurisme avec les gangs de cité, contrairement à ce que l'on peut entendre ici ou là. En témoigne le mode opératoire du meurtre commis dimanche : certes la kalachnikov a remplacé le traditionnel colt 45, mais le reste semble inchangé. Quelques minutes après l'attaque, la police a retrouvé un fourgon cramé, technique classique du grand banditisme. Pour Xavier Monnier, «les deux mondes — la voyoucratie des cités et la pègre — ne sont pas imperméables et entretiennent de plus en plus de liens. Les différences ne sont pas si flagrantes que cela, d'autant que le banditisme à l'ancienne n'était pas si propre que cela»

A Marseille, le banditisme et les règlements de compte sont très médiatisés. La ville nourrit en effet beaucoup de fantasmes, alimentés par le cinéma ou la télévision, de «Borsalino» avec Belmondo à la «French Connection» en passant par «Plus belle la vie». Pourtant, ces crimes sont loin d'être une spécificité phocéenne. Selon les experts, les règlements de compte sont peu ou prou aussi nombreux qu'en région parisienne, mais sont moins spectatulaires et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord la proximité géographique: à Marseille, les cités se situent à l'intérieur de la ville, et non en banlieue, ce qui augmente le caractère dramatique de l'acte dans la conscience collective. Par ailleurs, en Ile-de-France, le «milieu» est plus installé et structuré, et le contexte de guerre ouverte permanente entre les gangs est moins pregnant. Enfin, l'âge particulièrement bas des victimes à Marseille, souvent la vingtaine, est un facteur capital de la médiatisation.

Ces deux derniers mois un certain nombre d'arrestations de caïds marseillais, auteurs d'homicide, ont été réalisées. C'est le cas de Mohamed, 24 ans, alias «Lamine», suspecté d'un triple meurtre lié aux trafics de drogue en décembre dernier. Selon les autorités phocéennes, ces arrestations pourraient également susciter une vague de violences dans les semaines à venir.

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