mercredi 4 avril 2012

Mali: la junte dénonce des viols dans le Nord sous domination des islamistes



 - Publié le 04/04/2012 à 15:23
Dans la ville historique de Tombouctou, les hommes d'Ansar Dine, appuyés par des éléments d'Aqmi, ont pris le dessus sur le MNLA et mis fin aux pillages, annonçant vouloir appliquer la charia (loi islamique).
Dans la ville historique de Tombouctou, les hommes d'Ansar Dine, appuyés par des éléments d'Aqmi, ont pris le dessus sur le MNLA et mis fin aux pillages, annonçant vouloir appliquer la charia (loi islamique).
La junte militaire au pouvoir à Bamako a dénoncé mercredi de "graves violations des droits de l'homme" dans le nord du Mali, sous contrôle des rebelles touaregs et des groupes islamistes dont l'influence grandissante dans cette partie du Sahel inquiète la communauté internationale.
"Les populations du Nord-Mali, singulièrement celles de Gao, subissent de graves violations des droits de l'homme" depuis "l'invasion des combattants MNLA (rébellion touareg), Ansar Dine (groupe islamiste) et Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique)", a affirmé la junte.
"Les femmes et les filles sont enlevées puis violées par les nouveaux occupants qui y dictent leur loi", selon un communiqué, qui ne fournit aucun autre détail, notamment sur l'ampleur de ces viols présumés.
Profitant du putsch à Bamako contre le président Amani Toumani Touré le 22 mars, les rebelles touareg et des groupes islamistes ont pris en fin de semaine le contrôle des trois métropoles du nord du Mali, Kidal, Gao et Tombouctou , quasi sans rencontrer de résistance de la part d'une armée malienne sous-équipée et désorganisée, coupant de fait le pays en deux.
La zone est depuis totalement isolée, inaccessible à la presse et aux organisations internationales. Mais de nombreux habitants interrogés au téléphone depuis Bamako ont fait état de saccages et pillages à Gao et Tombouctou, visant en particulier des bâtiments publics, des locaux et entrepôts d'ONG internationales.
Kidal, dont le chef d'Ansar Dine, Iyad Ag Ghaly, est originaire a été épargnée. La raison principale en est que ce sont essentiellement les combattants d'Ansar Dine qui ont capturé la ville, et non plusieurs groupes rivaux, selon un observateur.
Dans la ville historique de Tombouctou, les hommes d'Ansar Dine, appuyés par des éléments d'Aqmi, ont pris le dessus sur le MNLA et mis fin aux pillages, annonçant vouloir appliquer la charia (loi islamique).
Trois des principaux chefs d'Aqmi ont été signalés mardi dans Tombouctou aux côtés d'Iyad Ag Ghaly, dont Mokhtar Belmokhtar, figure historique d'Aqmi surnommé "Le Borgne" ou encore "Mister Marlboro" pour son implication dans le trafic de cigarettes.
Dans un communiqué publié mercredi sur son site internet, le MNLA a démenti ces informations.
Le MNLA "tient sa position face à tous les réseaux mafieux et se démarque de l'organisation Ansar Dine et autres (groupes) qui se dressent sur le chemin de la libération de l'Azawad".
Mais selon des habitants interrogés mercredi, c'est toujours Ansar Dine qui controle fermement la ville. Iyad Ag Ghaly, qui se fait appeler "Cheikh", a fait du camp militaire son quartier général. Il multiplie les prêches défendant l'imposition de la charia et contre l'indépendantisme prôné par le MNLA.
Dans les rues, ses hommes contrôlent les véhicules. Plusieurs bars et débits d'alcool ont été saccagés dans la nuit de mardi à mercredi, tandis que femmes et filles sont désormais voilées, racontent des habitants.
Une vingtaine d'hommes du MNLA qui n'ont pas encore quitté la ville sont cantonnés derrière l'aéroport, avec l'accord d'Iyad Ag Ghaly, toujours selon ces témoins.
A Gao, trois groupes distincts se partagent le contrôle de l'agglomération, selon un député local, Abdou Sidibé.
Le MNLA tient le camp militaire en périphérie. Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), un groupe dissident d'Aqmi dirigé essentiellement par des Maliens et des Mauritaniens, contrôle le camp en centre-ville et deux quartiers voisins avec Ansar Dine. Et il y a enfin les trafiquants et autres groupes criminels plus ou moins bien identifiés.
La montée en puissance de ces groupes jihadistes inquiète la communauté internationale, la France en tête, qui veut mobiliser contre le "péril islamiste" au Sahel et contre Aqmi, à la fois au niveau régional et au Conseil de sécurité de l'ONU, selon le chef de la diplomatie française Alain Juppé.
Paris dit avoir notamment obtenu de ses partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU un "accord de principe" sur une déclaration sur le Mali qui pourrait être adoptée mercredi.
L'Union européenne de son coté a appelé mercredi à un "cessez-le-feu immédiat" dans le nord du Mali, où la situation en particulier à Tombouctou est "source de grande inquiétude".
A Bamako, la junte militaire, sous embargo des pays d'Afrique de l'Ouest, continuait mercredi d'essayer de négocier des modalités d'une sortie de crise.
Le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibrill Bassolè, est arrivé dans la capitale pour remettre au chef de la junte un message du médiateur ouest-africain, le président burkinabè Blaise Compaoré.
Soumise depuis lundi à un embargo diplomatique, économique et financier imposé par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), la junte du capitaine Amadou Sanogo s'est vue infliger mardi de nouvelles sanctions par l'Union africaine (UA) et les Etats-Unis.
Elle reste également sous la menace d'une intervention militaire ouest-africaine, alors que les chefs d'état-major de la Cédéao doivent se retrouver jeudi à Abdijan pour activer une force militaire régionale déjà en alerte.

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