lundi 19 mars 2012

Bye Bye Blondie», bonjour Despentes



par Virginie Despentes
A l’occasion de la sortie du remuant «Bye Bye Blondie», son premier film depuis «Baise-moi», l’écrivain-réalisatrice a interviewé, pour «Next», deux de ses actrices. On y parle punk, seins ou cinéma…
De gauche à droite, Clara Ponsot, Soko et Virginie Despentes. - Jonas Unger pour Next
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Comme un coup de poing qui rappelle à ceux qui auraient oublié (ou pas vécu) que les années 80 étaient quand même, avec leur soif de rock’n’roll dans un monde plutôt gris, très excitantes, Bye Bye Blondie joue à merveille du flash-back, entre ces eighties fiévreuses et nos années dix, un peu vagues, vaguement vendues, sans grandes aspirations. Bye Bye Blondie, le film, est adapté du roman du même nom de Virginie Despentes, par Despentes elle-même, dont c’est le retour au cinéma douze ans après Baise-moi.
Un long-métrage qui fut difficile à monter (malgré l’accord immédiat des deux têtes d’affiche, Béatrice Dalle et Emmanuelle Béart), difficile à finir (ah le cinéma d’aujourd’hui et son manque d’audace!), mais qui existe 
enfin et déboule avec fracas (espérons-le) le 21 mars sur 
les écrans français. L’histoire est simple: deux punkettes 
de l’Est (Nancy, ville morne mais tendue), amoureusement liées lors d’une adolescence turbulente, entre hôpital psy et bande de keupons, se retrouvent vingt ans après. Que va-t-il se passer? L’une, Frances, est devenue une star des médias (Béart, qui nous rappelle encore quelle grande actrice elle est), l’autre, Gloria, n’a pas abdiqué et continue de cracher sa rage à la face de tout le monde (Dalle, impeccable, mordante et super-drôle=Dalle!).
Par des retours en arrière finement menés, on découvre leur passé, ainsi que les deux formidables actrices qui jouent leurs personnages jeunes. Il s’agit de Soko (également chanteuse, qui vient de sortir un très bel album, I Thought I Was an Alien, Because Music) dans le rôle de Gloria, et la révélation Clara Ponsot dans celui de Frances. Pour Next, Despentes a passé un moment avec Soko et Ponsot, entre filles, l’a retranscrit ici et attention: ça fuse. 
Françoise-Marie Santucci
Dans Bye Bye Blondie, Soko est Gloria, une punkette en colère, perfecto et rouge à lèvres rouge, elle boit de la bière avec des potes sur les terrains vagues, et Clara interprète Frances, une butch, une bird, une petite bourge insolente et charismatique. Ce matin, Soko est Soko–improbable dégaine hippie inspirée des mouvements quakers, dans une version portée sur le fun. Elle ressemble à un oiseau-chaton, à cause de la rapidité de son geste et de sa réflexion, à cause de sa voix aussi– recouverte d’un sable fin. Soko a sorti son premier disque le mois dernier, I Thought I Was An Alien. Soko chante sur scène avec Doherty, prête sa voix pour un sublime court métrage de Spike Jones, et vient de terminer le tournage d’Augustine, le premier long-métrage d’Alice Winocour.
Soko habite là où elle est, on ne sait jamais dans quel pays on doit chercher à la contacter… Et Clara est Clara, manteau rouge, longs cheveux bruns, les yeux très clairs. Elle incarne très bien plusieurs mots agréables: lascivité, insolence, légèreté ou jeu. Elle est délurée, sans aucune trace d’hystérie. En dernière année de Conservatoire, elle sort du tournage d’un film italien, dans lequel elle donne la réplique à Riccardo Scamarcio, cet acteur qu’on a vu dans Romanzo criminale de Michele Placido, Go Go Tales d’Abel Ferrara, ouPolisse de Maïwenn.
Un bain de minuit topless en sa compagnie a valu à Clara les honneurs des premières pages de la presse people locale… Et Clara est aussi à l’affiche des Infidèles, le film dont on parle surtout pour son affiche… Et c’est par là qu’on débute notre discussion, toutes les trois. Ni Clara ni Soko ni moi ne comprenons ce qui a bien pu se passer qui puisse provoquer autant d’histoires. Dans le film qu’on a fait ensemble, Soko joue le rôle de Béatrice Dalle dans les années 80 (c’est-à-dire Gloria), et Clara Ponsot celui d’Emmanuelle Béart (Frances). V. D.
Virginie Despentes: Au moment où vous avez su que vous alliez interpréter leur rôle, c’était qui, pour vous, Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle?
Clara Ponsot: Emmanuelle Béart, c’était Manon des sources. Je me suis beaucoup identifiée à ce personnage… ce qui fait que j’ai longtemps cru que j’avais du potentiel pour être bergère, j’entends par là courir nue dans la garrigue en gueulant après des chèvres.
Soko: Dalle, c’était 37°2 le matin. Je n’avais même pas besoin de le revoir: le film était très frais dans ma mémoire.
Clara Ponsot: Dalle, c’est Betty Blue. Ce personnage a inspiré deux réalisateurs avec qui j’ai bossé: Gérald Hustache-Mathieu, dans Poupoupidou, m’a donné son prénom, et Francesco Amato lui rend hommage dans Cosimo e Nicole, que je viens de tourner. Il me fait jouer une fille perturbée, Nicole, qui habite avec son mec dans une paillote sur la plage…
Soko: Elle est hot, Betty. C’est cool de jouer une meuf hot. Elle est casse-couilles, elle est rock, et elle est bonne.
Virginie Despentes: Et toi, t’es casse-couilles?
Soko: Je sais pas. J’essaie de pas.
Clara Ponsot: Si, si, t’es casse-couilles.
Virginie Despentes: Et ça vous amusait de jouer les punkettes?
Soko: Tu as demandé à Lydia Lunch de me «driver», elle m’a emmenée faire un tour et elle m’a dit: « C’est simple: tu souffres. Tu souffres beaucoup. Tu souffres profondément. Tu gardes le sourire. Et tu souffres.» Sinon, on a été obligées d’écouter les Béru.
Clara Ponsot: …et d’apprendre des chansons par cœur, OTH, La Souris Déglinguée, les Ruts… C’était comment déjà? [Elle chante, juste, La petite serveuse.]
Soko: … [qui continue] «du restaurant Mc Donald’s…»
Clara Ponsot: … «me dit qu’elle habite au foyer Sonacotra…»Ensemble: … «elle travaille la semaine et danse le week-end!»
Soko: Au départ, ça m’a fait mal aux oreilles. Moi, le plus punk de ce que j’écoute, c’est le Velvet! Ah, et Richard Hell and the Voidoids. J’aime sa cover de Sinatra, tu connais? All the Way. Ça tue.
Clara Ponsot: La scène que j’ai préféré tourner, c’est la bagarre entre les punks et les skins, version West Side Story. J’avais le sentiment d’une vraie scène de cinéma. Ça s’est confirmé quand j’ai vu le film. J’ai bien aimé les autres comédiens sur les scènes punks. On s’est rendu compte qu’on fréquentait le même rade, le Maquis, dans le XVIIIe. D’ailleurs on avait tous traîné dans ce quartier. Je les ai trouvés très cools.
Soko: Le rôle de Gloria me plaisait beaucoup, parce que plus c’est loin de moi, et plus ça m’excite. Ça m’a fait du bien de jouer un personnage avec autant de confiance en lui, et qui ait une grande gueule. Dans ma vie perso, c’était un moment ou j’étais un peu frustrée, je travaillais depuis longtemps sur mon disque, j’avais beaucoup de mal à le terminer, à l’enregistrer, j’étais seule à Los Angeles dans ma petite maison… Devenir Gloria m’a fait du bien, mentalement.
Clara Ponsot: Jouer une nana un peu masculine, c’était un cadeau, ça change de ce qu’on me propose d’habitude. Et ça a exaucé un désir que j’avais pendant l’adolescence justement: me comporter comme un mec. Je voyais un peu dans quel délire s’inscrivait le personnage, mais les informations sur éric dans ton roman me suffisaient amplement [le éric du roman est devenu la Frances du film]. Bye Bye Blondie a été mon principal support de création pour jouer Frances. Peut-être parce qu’un livre, c’est immobile et que c’est à moi d’animer les images.
Virginie Despentes: Et de jouer une histoire lesbienne, vous en pensiez quoi?
Soko: Dans ma vie, j’ai eu autant d’histoires d’amour avec des filles qu’avec des garçons. J’assume d’être bisexuelle. Je n’ai jamais eu besoin de le cacher à qui que ce soit, et je ne vois pas pourquoi ça me dérangerait d’en parler.
Clara Ponsot: Je n’ai pas eu peur de jouer une histoire lesbienne, et encore moins avec la petite Soko. Je place ma pudeur ailleurs que dans la sexualité.
Soko: Moi j’adorais les scènes un peu chaudes: j’avais libre accès aux seins de Clara Ponsot.
Clara Ponsot: Les scènes physiques ne me gênaient pas, et puis la petite Soko est suffisamment entreprenante.
Soko: Oh, n’inverse pas les rôles, c’est toi qui étais super entreprenante!

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